Cybersexisme et cyberviolence

Dernière mise à jour : 8 juin

Un article de Margot Le Dall sur le travail de l'association Stop Fisha


Alors que les services de protection en ligne sont surchargés (Pharos, la plateforme de signalement de contenus illicites en ligne du ministère de l’intérieur ne comptait qu’une vingtaine de personnes au tout début du covid), les cyberviolences et le cybersexisme déchirent les réseaux sociaux.


Les réseaux sociaux constituent l’une des activités dominantes du temps libre des jeunes. Aujourd’hui, dans le monde, les réseaux sociaux comptent 3,3 milliards d’utilisateurs.ices, et 76% des Français.es ont un profil sur les réseaux sociaux.



Les dérives d'Internet


Malheureusement, les réseaux sociaux entraînent des dérives importantes.

On appelle “cyberviolence” les violences perpétrées via des moyens de communication électronique.


Les cyberviolences se présentent sous des formes variées. Elles peuvent être ponctuelles ou répétées, être commises par une seule personne ou par des millions , cibler une victime en particulier ou un groupe de personnes. Certaines sont la transposition en ligne de violences que l’on connaît dans la vie physique, quand d’autres sont propres au cyberespace*.


Elles présentent souvent un caractère sexiste ou sexuel. Les cyberviolences sexistes et sexuelles transposent le sexisme que connaît notre société dans le cyberespace : c’est le cybersexisme. L’espace numérique est ainsi utilisé comme un support des rapports de domination au service du patriarcat.


*cyberespace : monde virtuel, dans lequel on se plonge lorsqu'on touche à un réseau informatique et surtout, Internet, le réseau des réseaux.



Le cybersexisme, qu’est-ce c’est ?


Commençons par définir le sexisme. Il s’agit du rapport de domination exercé par les hommes sur les femmes et personnes présentant comme femmes.


Ses manifestations sont diverses, et puisque le sexisme est sociétal et systémique**, il s'étend à toutes les sphères de la société : dans la rue, à l’école entre ami.es, en famille, au travail - mais aussi dans le cyberespace. Le cyberespace est un terrain de plus où s’exercent des violences patriarcales.

En bref, le cybersexisme, c’est la reproduction du sexisme en ligne.


La ligne de conduite imposée au genre féminin est particulièrement complexe puisqu’elle répond à des règles et normes totalement paradoxales : si l’on s’habille trop court, on est une “fille facile”, mais si l’on s’habille trop long, on est “une coincée”. Étrangement, ces règles n’existent pas pour les garçons : c’est ce qu’on appelle le "double standard".


Internet est-il sexiste ? Exemple : Tapez “écolier” dans la barre de recherche Google, puis “écolière” et regardez le résultat.






** systémique : qui se reflète dans le système entier, dans toute la société, à tous les niveaux



La représentation des femmes et des minorités de genre dans les jeux vidéos :

“L’architecture du cybersexisme est présente sur Internet et les réseaux sociaux ainsi que dans les jeux vidéo où les protagonistes sont souvent masculins, blancs, et virils. Il y a une sous-représentation des personnages féminins, non binaires, et/ou queer, qui, lorsqu’ils.elles sont créé.e.s dans un jeu, se trouvent généralement hypersexualisé.es, en situation de vulnérabilité ou l’objet de caricatures. En parallèle, lorsque des femmes jouent et font usage d’un pseudonyme féminin, ou de leur voix en live, elles sont souvent brimées, insultées et exclues de la partie.” - StopFisha



Les sites pornographiques et l’exploitation sexuelle des femmes et minorités de genre :

“Les sites pornographiques étant la forme la plus populaire de découverte de la sexualité, ils viennent altérer l’éducation sexuelle et affective de jeunes adolescent.es, biaisant et faussant l’apprentissage de la sexualité et la vision des relations intimes. C’est l’une des dérives principales de cet accès facile, gratuit et sans limites à la pornographie en ligne : cette dernière a des effets particulièrement dévastateurs dans la construction de la sexualité des jeunes puisqu’elle leur inculque l’érotisation des violences et la domination masculine.”


Les cyberviolences à caractère sexiste et sexuel :

“Les cyberviolences à caractère sexiste et sexuel regroupent toutes les violences de genre qui ont lieu en ligne, que ce soit sur internet, sur les réseaux sociaux, dans les jeux vidéo ou sur tout autre espace numérique qui vient les héberger. Émanant du cybersexisme, les cyberviolences sexistes et sexuelles s’inscrivent dans le continuum des violences patriarcales exercées dans la vie physique. Ce sont des violences structurelles.”



Vocabulaire :

Slut-shaming :

littéralement “faire honte aux salopes”, c’est le fait d’humilier une femme en la renvoyant à la figure de “salope”.


Victime blaming :

le fait de considérer une victime de violences comme responsable qu’elle subit

ex : dire d’une victime de viol qu’elle l’a bien cherché avec sa robe trop courte



Exemples de cyberviolences sexistes et sexuelles :

  • appel au viol : lorsqu’un individu encourage d’autres personnes à violer une personne déterminée. Sur les réseaux sociaux, ces appels fusent de partout.


  • chantage à la cam : soit avec des faux profils soit avec des faux piratages


  • compte fisha : compte ou groupe créé sur un réseau social, une plateforme, une messagerie comme Telegram, exclusivement dans le but misogyne d’afficher des photos et des vidéos intimes et dénudées de femmes pour les humilier - bien sûr sans le consentement de la victime

Explosion des comptes fishas durant les confinements

→ s’abonner à @stopfisha


  • cum tribute et cock tribute : le fait de se masturber et d’éjaculer sur la photo de quelqu’un pour ensuite prendre en photo le résultat & le fait de prendre en photo son pénis à côté de la photo de quelqu’un pour ensuite diffuser la photo


  • cyberharcèlement : défini comme “un acte agressif, intentionnel, perpétré par un individu ou un groupe d’individus au moyen de formes de communication électroniques”

sondage IFOP 2019, + de 1 jeune majeur sur 5 entre 18 et 24 ans dit avoir été la cible de harcèlement en ligne

73% des femmes rapportent avoir reçu des avances inappropriées sur les réseaux sociaux de la part d’une personne qu’elles ne connaissaient pas.

différentes formes de cyberharcèlement : cyberharlècement en meute, le trollage, le dogpiling (= un grand nombre de comptes qui remplissent simultanément le fil de commentaires d’un post avec des critiques et des insultes), les shitstorms (obj : porter atteinte à la réputation)


  • cyberouting : utilisé par les membres de la communauté LGBTQIA+ pour dénoncer les personnes LGBTQIA+ qui mènent des actions contre la communauté dont ils/elles font partie tout en cachant leur appartenance à cette communauté

ou utilisation du cyberouting pour nuire à la communauté LGBTQIA+


  • cyberviolences conjugales : violences conjugales (violences au sein d’un couple, violences verbales, physiques et/ou sexuelles), les réseaux sociaux sont une arme pour les auteurs de violences conjugales : ils peuvent désormais mieux surveiller, contrôler, humilier

On a eu pu voir la trend sur tik tok avec la chanson Bored de Billie Eilish qui représente bien ces cyberviolences conjugales

les victimes sont majoritairement des femmes et des minorités de genre, adolescentes comme adultes


  • deepfake : montage fait à partir d’une photo, d’une vidéo ou d’un enregistrement, on ne se rend pas compte que l’image est truquée

deepfake sexuel ou deep porn → le visage d’une personne et on remplace son corps par celui d’un corps nu qui n’est pas le sien (souvent remplacer par des corps d’acteurices porno qui sont aussi victimes de cette cyberviolence)


  • dick pic : le fait d’envoyer une photo de son pénis à une personne sans son consentement

→ s’abonner à @no.dick.pick


  • diffamation : information diffusée afin de porter atteinte à l’honneur ou la réputation d’une personne


  • diffusion de contenus intimes souvent appelé à tort “revenge porn”


  • doxxing : divulgation sur internet de données personnelles portant sur la vie privée d’une personne dans le but de lui nuire


  • fuite de contenus des cybertravailleur.euses du sexe :

→ s’abonner à


  • grooming : pédocriminel qui cherche à obtenir des faveurs sexuelles d’une personne mineure


  • hacking ou piratage : ensemble de manipulations informatiques permettant de s’introduire dans un système informatique afin d’en prendre le contrôle ou d’accéder aux informations et données personnelles d’une personne pour ensuite les exploiter.


  • happy slapping : pratique qui consiste à filmer une agression physique ou sexuelle et à en diffuser les images dans l’objectif d'infliger à la victime une humiliation encore + grande


  • injures sexistes : “salope” “pute”


  • menaces


  • pédocriminalité : viol, agression sexuelle et/ou atteinte sexuelle sur mineur.e

et non pédophilie : terme à proscrire car il induit la notion d'amour. Il n'y a pas d'amour dans l'acte de viol.


  • sextorsion : exercer sur autrui une pression qui le/la conduit à effectuer devant la caméra de son ordinateur ou de son téléphone des actes obscènes à caractère sexuel. ça peut même aller jusqu’à demander à la victime de s’auto-mutiler ou à subir des viols et/ou agressions sexuelles physiques.


  • upskirting et creepshot : prise de photos non consenties → violences misogynes qui visent à profiter du corps des femmes et personnes perçues comme femmes, sans leur consentement.


  • usurpation d’identité : utilisation de l’identité d’une autre personne à son insu

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